23 Sep 2020
12:30–13:30

Lieu: International Environment House II (7-9 ch. de Balexert) & Webex Event

Organisation: Geneva Environment Network

Conférence en français, organisée dans le cadre du 6e Festival Alternatiba Léman, qui se tient à Genève du 21 au 26 septembre 2020.

Alternatiba Léman

Le dimanche 6 octobre 2013, 12 000 personnes se retrouvaient à Bayonne dans le premier village des alternatives au changement climatique “Alternatiba”, quelques jours après la publication du Volet I du 5ème rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). L’année suivante, une dizaine de villages ont vu le jour et en 2015, c’est plus de 110 Alternatibas qui ont été organisés par des groupes locaux, à Paris-Ile-de-France, Bruxelles, Toulouse, Rennes, Strasbourg, Lyon, Tahiti, la Réunion… et Genève.

Le mouvement Alternatiba Léman a donc été lancé en 2015 afin de mobiliser d’une manière originale et positive les acteurs de la société civile pour sensibiliser la population à une échéance majeure pour le climat : le sommet du climat (COP21) qui s’est tenu fin 2015 à Paris. Depuis, chaque année la mobilisation continue.

Alternatiba Léman

Le climat au centre des débats de la Genève internationale

La Genève internationale est mobilisée dans lutte contre le changement climatique. De nombreuses organisations internationales, missions permanentes et organisations non-gouvernementales placent la question climatique au cœur de leur travail.

Capitale mondiale du multilatéralisme, Genève est en effet au centre de nombreux débats et négociations dans les domaines des sciences, des droits humains, du développement, du commerce et de la finance verte, de l’emploi, de la consolidation de la paix et de la sécurité, de la réduction des risques de catastrophes, des questions humanitaires, ainsi que sur les nouvelles technologies et l’innovation. Cette interdisciplinarité permet à la Genève internationale de disposer d’une expertise transversale unique sur le climat, cette thématique étant à l’ordre du jour de nombreuses délibérations.

Intervenant-e-s

Afin d’avoir un aperçu de comment la Genève internationale se mobilise contre le changement climatique, nous avons invité quelques acteurs clés à se joindre à nous pour présenter leurs activités, leur méthode transversale de travail, et les résultats concrets de leur mobilisation.

Bruno POZZI

Directeur pour l'Europe, Programme des Nations Unies pour l'environnement

John HARDING

Chef du secrétariat de l’initiative CREWS, Organisation météorologique mondiale

Kamal GUEYE

Coordinateur du Programme pour les emplois verts, Bureau International du Travail

Francesca MINGRONE

Juriste en charge des questions de climat et énergie, Center for International Environmental Law

Marie-Pierre MEGANCK

Conseillère environnement, Mission Permanente de la France

Diana RIZZOLIO

Coordinatrice, Réseau environnement de Genève - Geneva Environment Network

Résumé

Préambule (Diana Rizzolio)

Le festival Alternatiba Léman a lieu cette semaine à Genève, pour la 6e année consécutive. Ce sont plus de 170 associations ou organisations qui sont mobilisées pour offrir diverses animations afin de sensibiliser la population à l’urgence climatique, et aux solutions locales pour une économie durable.

Le secrétariat du Réseau environnement de Genève – Geneva Environment Network (GEN) organise régulièrement des séances d’information et des conférences pour les acteurs de la Genève internationale de l’environnement, certains sont parmi nous aujourd’hui, mais c’est un public plus large que nous accueillons cet après-midi pour évoquer ce que fait la Genève internationale dans le domaine du climat.

La Genève internationale est mobilisée dans lutte contre le changement climatique. De nombreuses organisations internationales, missions permanentes, organisations non-gouvernementales et autres institutions placent la question climatique au cœur de leur travail.

Capitale mondiale du multilatéralisme, Genève est en effet au centre de nombreux débats et négociations dans les domaines tels que les droits humains, le commerce et la finance verte, l’emploi, la consolidation de la paix et la sécurité, la réduction des risques de catastrophes, les questions humanitaires, les nouvelles technologies, l’innovation et bien d’autres. Cette interdisciplinarité permet à la Genève internationale de disposer d’une expertise transversale unique sur le climat, cette thématique étant à l’ordre du jour de nombreuses délibérations dans ces domaines. Le climat est en effet au centre de nombreux débats, comme vous l’entendrez.

Si nous avions invité à nous rejoindre toutes les organisations et les collègues qui sont actifs sur cette thématique dans la Genève internationale, il n’y aurait pas assez de place dans cette salle, et même dans la plus grande salle du Palais des Nations.

Surl’invitation de cet événement figure une photo d’une conférence sur le climat qui s’est tenue à Genève au siècle passé, sur laquelle vous avez plusieurs chefs de gouvernements que vous avez sans doute reconnu. Il s’agit de la La deuxième Conférence mondiale sur le climat qui s’est tenue en 1990 à Genève. Le premier rapport du GIEC avait été publié à temps pour cette conférence. Les scientifiques et experts techniques ont, lors de cette conférence, réalisé un discours fort soulignant le risque du changement climatique. Cette conférence a donné lieu à une déclaration ministérielle et a aussi conduit à la création de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) et du Système mondial d’observation du climat (SMOC).

Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Oorganisation météorologique mondiale (OMM) ont mis en place, il y a plus de 30 ans aujourd’hui le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) – IPCC en anglais – chargé d’évaluer l’état des connaissances sur l’évolution du climat, ses causes, ses impacts, les possibilités de limiter l’ampleur du réchauffement et la gravité de ses impacts et de s’adapter aux changements attendus. Ces rapports sont mentionnés dans tous les débats sur le climat. Le Secrétariat du GIEC est à Genève, mais les collègues sont mobilisés sur d’autres fronts et ne pouvaient être parmi nous aujourd’hui. En effet, il y a en ce moment à NY, où se tient l’assemblée générale des nations unies, la climate week qui mobilise, tout comme d’autres initiatives en marge de l’assemblée, de nombreux acteurs actifs sur les questions climatiques.

Pour parler de la mobilisation de la Genève internationale sur les questions du changement climatique, en seulement une heure… au vu de la densité des acteurs, nous avons choisi de vous en présenter quelques un-e-s.

Message de bienvenu et introduction (Bruno Pozzi - PNUE )

Le GEN est l’animateur de la question environnementale dans la Genève internationale.

Le PNUE est l’organisation des Nations Unies qui a comme mandat central d’être la référence en matière d’environnement. Dans la capitale du multilatéralisme qu’est Genève il faut faire entendre cette voix car il n’y a pas de paix, de prospérité, de développement sociaux-économique durables s’il n’y a pas de planète sur laquelle nous vivions en harmonie avec cet environnement. Le but du PNUE dans la Genève internationale est de lier les urgences planétaires que sont la pollution, le changement climatique et la perte biodiversité, aux agendas multilatéraux de Genève.

L’environnement est un sujet multilatéral par essence, on ne peut pas isoler les problèmes de l’environnement, il faut une vision holistique et multilatérale pour les aborder et c’est la coopération entre les états membres, entre la société civile entre tous les « stakeholders » qui font cette Genève internationale et le monde international. Genève est un lieu de coopération dans les domaines des droits de l’homme et de l’environnement, de la durabilité et l’environnement, de la finance et l’environnement, dans le développement socio-économique et l’environnement et dans la gestion des crises humanitaires et l’environnement. Le changement climatique est un des thèmes sur lequel le PNUE travaille avec tout l’ensemble des Nations Unies et tout l’ensemble des acteurs présents à Genève pour en démontrer l’urgence.

En effet, il y a urgence et le covid-19 démontre également combien il est urgent de tenir compte de cette perte de biodiversité, de cette dégradation des écosystèmes et du fait que le développement humain ne peut pas se passer de durabilité. Le changement climatique risque d’aggraver ce genre de crise, de les provoquer plus fréquemment encore, et l’espoir du PNUE est de mobiliser suffisamment la Genève internationale autour des questions notamment de droits, de préservation de la biodiversité et des écosystèmes, de soutenir les solutions basées sur la nature, et de construire ensemble le monde post-2030. En effet, en 2030, l’espoir est d’avoir atteint les Objectifs du Développement Durable et d’atteindre en 2050 les objectifs de l’Accord de Paris.

Il y a beaucoup d’espoir. L’initiative que la Mission suisse a prise pour mettre au sein des missions diplomatiques la question du changement climatique (2050Today) et de l’impact que les Missions ont en termes d’émissions qui affectent le changement climatique permet de souligner que l’on peut tous contribuer à l’effort.

L’Organisation métérologique mondiale et le programme CREWS (John Harding)

L’OMM est une organisation spécialisée de l’ONU, basée à Genève depuis 1950. L’OMM est relativement une petite organisation onusienne mais très spécialisée. Les membres de l’OMM sont les services météorologiques nationaux tels que MétéoSuisse. Avec ses services météorologiques présents dans plus de 100 pays, l’OMM assure l’accès aux prévisions météorologiques, les prévisions climatiques, les tendances pendant les prochaines semaines, mois et années et dans certains cas elle donne des prévisions hydrologiques. L’aspect le plus fascinant du travail de l’OMM est le fait que toutes les données qu’ils collectent dans le monde (système développé pendant des décennies) par exemple, sur les températures, le vent et l’humidité, sont souvent collectées par des stations météorologiques, par des individus, par des avions de ligne, par des bateaux, et sont mises à disposition de façon à ce qu’elles soient échangeables, interopérables entre tous les pays, et ce sont ces informations qui permettent à l’OMM de prédire le temps. C’est un système unique dans sa façon de fonctionner.

Une des fonctions du secrétariat CREWS est de fournir des alertes précoces pour les catastrophes naturelles telles que les inondations, les feux de forêt, les tempêtes… l’impact du changement climatique va être ressenti dans presque tous les secteurs de la société. Dans les pays les plus exposés, l’impact le plus visible, celui qui cause le plus de souffrance dans l’immédiat est celui qui est lié à ces événements extrêmes. Le changement climatique affecte la fréquence et l’intensité de ces aléas. Actuellement, l’OMM est à court de noms pour les ouragans dans l’océan Atlantique, normalement on les nomme avec une lettre de l’alphabet et cette année pour la deuxième fois dans l’histoire, toutes les lettres de l’alphabets ont été utilisées et ils utilisent donc les lettres de l’alphabet grec. Dans le contexte de ces catastrophes, les alertes précoces sont un outil très important pour les autorités nationales et locales. On parle actuellement des alertes précoces et de l’initiative CREWS car quand on parle de la Genève internationale il y a différents agendas auxquels la Genève internationale contribue quand on parle du climat. Il y a la science avec notamment le GIEC qui est un des mécanismes clés pour la science, l’OMM et le PNUE qui produisent un rapport annuel qui a été présenté le 9 septembre à New York par le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, Unis par la science qui présente les dernières données sur l’état du climat qui a confirmé que les cinq dernières années ont été les plus chaudes sur la période pour laquelle on a des données.

On parle beaucoup de l’Agenda des négociations avec le secrétariat de la convention sur le climat (CCNUCC) qui n’est pas basé en Suisse mais à Bonn, en Allemagne. Beaucoup d’organisations de Genève sont impliquées dans ces processus.

Un autre agenda, un peu moins connu, est l’Agenda de l’action climatique. CREWS est vraiment une de ces actions climatiques qui a été initiées par la France et cinq autres pays en 2015. Plusieurs accords transversaux sur le changement climatique, sur le développement durable, sur la prévention des risques de catastrophes avec le cadre de Sendaï ont eu lieu en 2015. Dans ce contexte, les experts avaient présenté différentes tendances notamment inquiétantes telles que l’impact économique des catastrophes augmente dans tous les pays et qu’il augmente plus vite que la croissance économique. Il y avait aussi des tendances plus positives telles que le risque d’être affectée et de perte la vie à cause des catastrophes naturelles diminue. Il diminue car il y a une meilleure capacité de prédiction avec une meilleure capacité d’informer les populations à risque et les populations savent comment agir aux alertes. Malheureusement cette tendance ne concerne pas tous les pays et dans certains pays, notamment, dans les pays les moins développés notamment dans les petits états insulaires où cette tendance est inversée et le risque augmente encore et rapidement. Sous le leadership de la France, cinq pays se sont engagés avec une échelle d’environ 100 millions de dollars pour essayer de renverser cette tendance. Ils se sont engagés dans ces pays pour fournir des systèmes d’alerte précoce aux populations qui sont le plus à risque. Il y a deux aspects novateurs de cette initiative qui est aujourd’hui soutenue par sept pays dont la Suisse. Tout d’abord, les pays qui contribuent ont reconnu qu’on allait pourvoir s’engager dans des pays à haut risque où les chances d’obtenir des résultats ne sont pas aussi élevés que souhaité. Ceci est dû à des faiblesses institutionnelles ou des conflits. Ce sont ces pays là qui ont le plus besoin de soutien. Le CREWS travaille au Mali, au Tchad, au Togo, au Niger, en République Démocratique du Congo, en Papouasie Nouvelle Guinée, en Afghanistan qui sont des pays où il est souvent difficile d’obtenides résultats probants. Par exemple, au Burkina Faso les autorités nationales ont développé des prévisions saisonnières qui ciblent spécifiquement les petits paysans, notamment, les femmes au travers de radio locales qui sont utilisées par la populationEnsuite, les partenaires ont reconnu la difficulté d’assurer la pérennité des actions du CREWS à long terme dans ces pays. Ils ont reconnu le besoin de s’engager à long terme ce qui n’est pas toujours le cas dans les mécanismes de financement climatiqueLes partenaires avec lesquels le CREWS travaille, l’OMM, la Banque Mondiale, le bureau des Nations Unies pour la gestion des catastrophes vont pouvoir continuer à s’engager dans les pays au-delà de la durée des projets. Par exemple, au Mali, le CREWS a travaillé avec les autorités pour développer une nouvelle fenêtre de financement avec le Fonds vert pour le climat afin d’effectuer une continuité dans les investissements réalisés. 

L’organisation internationale du travail – Climat et emploi (M. Kamal Gueye)

L’OIT a été fondée en 1919 et a été bâtie pour poursuivre une mission fondée sur le principe que la paix universelle durable n’est possible que si elle est fondée sur la justice sociale. L’âme de l’OIT est la poursuite de la justice sociale. Elle est devenue la première institution spécialisée des Nations Unies en 1946. C’est une agence tripartite qui réunie les représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs avec l’Organisation internationale des employeurs basée à Genève. L’OIT travaille à organiser des normes internationales du travail, à concevoir des programmes au niveau des états pour promouvoir le travail décent pour toutes les femmes et tous les hommes. Son objectif principal est de promouvoir le travail décent qui est définit par la nécessité d’avoir des emplois productifs qui permettent aux personnes de vivre de façon digne, des emplois qui renforcent la protection sociale, et permettent de mettre en œuvre les droits fondamentaux au travail. En 1969, l’OIT a reçu le Prix Nobel de la paix.

Etant une organisation fondée sur le travail on peut se demander pourquoi elle s’implique dans la lutte contre le changement climatique ? Depuis plusieurs années, les mandats de l’OIT ont pris en compte la dimension environnementale et cette tendance s’est accrue au cours des dernières. Cela découle d’une première observation qui est que les emplois dépendent d’un environnement durable. Plus d‘un milliard d’emplois à travers le monde représentant plus du 40% du travail dans le monde dépendent des écosystèmes tels que les forêts, la terre et les océans. La dégradation de l’environnement réduit les perspectives de création d’emplois décents et représente une menace pour la justice sociale. En effet, les populations les plus touchées pour les changements climatiques sont celles qui ont des revenus faibles et qui sont déjà dans la vulnérabilité telle que les populations indigènes ou encore les femmes. Enfin, les études de l’OIT ont montré qu’une action ambitieuse contre le changement climatique va créer des nouveaux emplois. Si les états mettaient effectivement en œuvre l’Accord de Paris rien que dans le secteur de l’énergie il serait possible de créer près de 24 millions de nouveaux emplois d’ici 2030.

L’OIT contribue à la lutte contre le changement climatique à travers différentes actions. Elle aide à forger un consensus social fort. La structure tripartite de l’OIT lui donne la possibilité unique par le biais du dialogue social de construire un consensus social entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs, et cela est indispensable pour une action ambitieuse. Lorsque les sociétés sont capables d’avoir ce consensus social cela évite d’avoir des forces de résistance et cela permet d’avoir plus d’ambition pour le climat tout en faisant progresser le développement social, l’emploi pour tous et la justice sociale.

Un des éléments importants du travail de l’OIT est d’aider ses mandants et les acteurs de la politique et de la société de manière plus large de manière à mieux comprendre la nature et l’ampleur des impacts du changement climatique, les phénomènes physiques mais aussi l’impact des politiques de réponse au changement climatique. L’étude effectuée il y a deux ans, Une économie verte créatrice d’emplois  dans le cadre du rapport Emploi et questions sociales dans le monde 2018, a cherché à mesurer quel serait l’impact sur le monde du travail de la mise en œuvre de l’Accord de Paris. L’OIT a aussi fait une étude Des compétences pour un avenir plus respectueux de l’environnement : Principales conclusions, où ils ont remarqué qu’il y a un potentiel de création d’emplois mais qu’il y a à travers le monde un déficit de compétences techniques aussi bien dans les secteurs liés à l’énergie durable, à la construction durable, à l’isolation thermique, que dans les techniques pour une agriculture durable. Il y a la nécessité de mieux anticiper ces besoins de compétences humaines et techniques dans ces domaines émergents pour que la transition puisse se faire. D’un autre côté, il y aura des secteurs dans lesquels il y aura forcément des pertes d’emplois et il faudra requalifier la main d’œuvre pour ces travailleurs puissent être redéployés dans d’autres secteurs économiques. Le rapport Travailler sur une planète plus chaude :l’impact du stress thermique sur la productivité du travail et le travail décent a souligné que lorsque l’on parle du réchauffement climatique on pense souvent à la montée des eaux et aux ouragans mais il y aussi le phénomène de réchauffement en lui-même. Ils ont essayé de mesurer l’impact du stress thermique sur la productivité du travail, les questions de santé et de sécurité au travail et ils ont noté qu’au rythme actuel de réchauffement de la planète, à l’horizon 2030, 2% du temps de travail sera perdu ce qui est équivalent à 80 millions d’emplois plein temps perdus.

Enfin, l’OIT participe à la lutte contre le changement climatique en fournissant des conseils en matière de politiques publiques, coopération au développement, renforcement des capacités et partenariats.

L’OIT a lancé à travers ses partenaires et d’autres institutions des Nations Unies, l’année dernière, un programme « Action pour le climat en faveur de l’emploi ». Cette initiative a été lancée par le Secrétaire général de l’ONU à la COP25 en 2019, pour prendre des engagements et mettre en œuvre une politique nationale pour une transition juste. Ceci pour faire en sorte que d’une part, on relève le niveau d’ambition pour le climat et que d’autre part, les questions sociales soient prises en compte. Ils sont en train de mettre en place cette initiative, ils ont mis en place un Conseil international consultatif de haut niveau dans lequel ils ont ensemble des ministres de l’environnement, du travail et du développement et du plan.

Center for International Environmental Law – Climate and Human Rights (Francesca Mingrone)

CIEL est une organisation de juristes basée à Genève et à Washington DCElle concentre son activité sur 3 piliers : les changements climatiquesles peuples indigènes et la santé environnementale. Sur le changement climatique, ils travaillent beaucoup sur l’intersection entre changement climatique et droit de l’homme, ils suivent les négociations climatiques, et le travail du Green Climate Fund pour s’assurer que ses opérations soient respectueuses des droits de l’homme.  

La CCNUCC et l’Accord de Paris sont incontournable sur la question climatique. Il y a une dualité dans la relation entre les droits de l’homme et le changement climatique : le climat a des impacts négatifs sur les droits de l’homme et les actions que les états mettent en place contre le changement climatique peuvent affectés de façon négative les droits de l’homme. Le travail de CIEL est de montrer que les droits de l’homme sont fondamentaux dans la gouvernance climatique.  

Il est intéressant de noter qu’à Genève il y a des institutions très techniques telles que les GIEC, le PNUE et l’OMM mais aussi des institutions qui travaillent dans les droits de l’homme dont le mandat est très pertinent dans la gouvernance climatique. Par exemple, pour les droits des peuples indigènes il y a l’OIT et les comités d’experts sur les peuples autochtones. Pour l’égalité de genre, il y a le comité sur l’élimination des discriminations envers les femmes. Dans le contexte de la transition juste, il y a l’OIT. Pour la participation publique, il y a la convention d’Aarhus. Dans le contexte de la transition juste, il y a l’OIT. Pour la sécurité alimentaire, il y a le comité des droits économiques sociaux et culturels. Le Conseil des droits de l’homme s’occupe de tous ces problèmes de façon transversale à travers ses résolutions, ses procédures spéciales, l’examen périodique universel, et les comités du droit de l’homme qui s’occupent de la relation entre changement climatique et droit de l’homme.  

Il y a eu des avancements très important dans le contexte de la Genève internationale sur la compréhension des effets que le changement climatique a sur les droits de l’homme : entre 2008 et 2018, il y a eu une croissance très importante dans le nombre des recommandations et questions qui mentionnent le changement climatique de la part des Comités des droits de l’Homme. Ce phénomène se remarque aussi dans les autres institutions des droits de l’homme. 

Le rôle de CIEL est d’essayede créer des synergiesde travailler avec différents acteurs de la Genève internationale notamment, GeCCco et Human Rights and Climate Change Working Group). Le but de ces deux groupes est d’avoir au sein de la société civile un forum pour parler du changement climatique et des droits de l’homme au-delà des sessions de la CCNUCC.  

CIEL travaille aussi avec les états et l’ONU et fait du plaidoyer et est très engagé dans deux campagnespour

  • la reconnaissance du droit à un environnement sein
  • la création d’un nouveau mandat pour un rapporteur spécial sur les changements climatiques et les droits de l’homme (aux côté notamment du Climate Vulnerable Forum)

CIEL prépare aussi des ressources pour aider d’autres organisations à préparer des rapports à présenter au comité des droits de l’homme.  

Mission permanente de la France – Le rôle d’un pays-membre (Marie-Pierre Meganck)

Marie-Pierre Meganick représente un étatc’est la conseillère climatenvironnement de la Mission de la France à GenèveGenève est la capitale du multilatéralisme  chacun des états à une mission  représentation permanente – qui a en charge les relations de l’état concernés avec l’ensemble des organisations internationales situées à Genève et autres acteurs. Ces missions sont dirigées par des ambassadeurs. On peut dire que c’est une sorte de « PME de la France à l’étranger ». 

En quoi, pour un état, les questions climatiques sont présentes à Genève ? 

Genève est une des deux capitales du multilatéralisme avec New York. Trois grands aspects très genevois résonnent avec la question climatique : 

  • Genève est le pays des droits avec le Conseil des droits de l’homme, des instances humanitaires et de gestion de crise et des ONG juridiques comme CIEL. Tous les liens entre l’action climatique et le droit sont discutés à Genève. Il est important de rester vigilant dans la négociation ce qui est le rôle des états car ce sont eux qui négocient, pour bien articuler la question climatique et des droits humains. Genève est le lieu pour penser ce que sont les droits humains dans une planète en mouvement.
  • Genève est aussi le lieu de la science du climat avec l’OMM, le secrétariat du GIEC – même si le GIEC est un panel avec des experts du monde entier, il y a une convergence qui se fait à Genève car c’est le lieu où le secrétariat peut porter la parole du GIEC – , il a aussi d’autres organisations scientifiques notamment l’UICN (lieu où s’élabore la science et les normes scientifiques pour la biodiversité et la préservation de la nature et ses relations avec un climat qui change) et le Geneva Water Hub qui travaille avec l’Université de Genève sur la question très importante de l’eau et du climat. 
  • Genève est enfin le lieu de la mise en œuvre de la négociation internationale de la dimension économique et sociale en lien avec le développement durable. Genève est le lieu où s’élabore un certain nombre de normes et de réflexions. C’est le lieu où se met en œuvre la mise en place sur le terrain des aspects économiques et sociaux dans toutes leurs composantes. Genève est un lieu où se préparent et se déroulent des négociations climatiques et c’est aussi le lieu où on va mettre en acte. L’Agenda de l’Action est une innovation de la COP21 qui a donné lieu à l’Accord de Paris. Après la négociation, il faut mettre en œuvre. L’Agenda de l’Action permet de commencer à agir même si les négociations ne sont pas terminées. L’Agenda de l’Action peut permettre de faire la transition écologique à tous les niveaux pour mettre en œuvre nos obligations climatiques qui sont dans l’Accord de Paris et d’autres accords de l’ONU. La Platform on Disaster Displacement vise à créer des actions concrètes pour la protection des migrants dans le cadre des migrations climatiques environnementales. Du point de vue d’un état, qui fait de la diplomatie, Genève est le lieu où les représentants sont présents et peuvent faire avancer la négociation et les questions de mise en œuvre des actions climatiques.

Genève est un lieu où on peut réfléchir sur les synergies en matière d’action et sur les articulations en termes d’acteurs. Il faut démultiplier l’action à toutes les échelles car l’action climatique se passe souvent au niveau de la ville. Genève est le lieu où on peut voir comment on articule entre les différentes échelles, les instruments mondiaux négociés par les états, les instruments de politiques publiques des états et les actions des autres acteurs tels que les collectivités territoriales et les acteurs économiquesPar exemple, dans le cadre des négociations de l’Accord de Paris, les discussions étaient notamment sur rôle des femmes dans le changement climatique. Marie Pierre Meganick a été amenée à fédérer un groupe de femmes entrepreneurs en Afrique qui faisaient de l’adaptation au changement climatique sans le savoir et qui ont pu être partie prenante à la négociation climatiqueIl y a des acteurs qui n’ont pas forcément les outils juridiques et qui concourent au grand système et Genève est aussi ce lieu de synergie là.  

Questions et réponses

  • Jean-Pierre Reymond de la Mission permanente de la Suisse: présentation le 27 octobre du bilan carbone de la Genève internationale.
  • Arnaud Dorthe : A propos de la synergie en matière d’acteurs, on pourrait aussi citer l’OMC et le Forum Economique Mondial qui est basée à Genève dans la Genève internationale. Les règles de l’OMC ne devraient-elles pas être subordonnées elles-aussi à la science du climat pour une réelle politique climatique mondiale ? Pour une meilleure synergie en matière de transition écologique mondiale.
    Réponse Bruno: il y a de nombreuses organisations telles que l’OMC ou l’UNICTAD, OMPI, mais à la vue de leur grand nombre il est complexe de tous les citer. 
    Réponse Marie Pierrel’important est de parler en termes de synergie. Genève doit permettre que dans chacune de ses organisations, on rappelle que toutes les actions doivent être penser dans le contexte de l’urgence climatique. C’est vers une transition complète écologique et solidaire qu’il faut aller. De plus, la mobilité individuelle étant actuellement réduite par la crise sanitaire, cela peut être l’occasion de rassembler physiquement les acteurs de Genève pour garder le lien.  
  • Pascale Delisle, Mission de l’Union Européenne : Merci infiniment pour ce séminaire, il serait intéressant de voir l’opinion des panelistes sur le rôle de UNECE en général. 
    Réponse Bruno l‘UNECE est un des grands acteurs à Genève car elle a plusieurs conventions liées à l’environnement et au changement climatique. Le PNUE, les ambassades et les autres institutions travaillent activement avec l’UNECE car c’est un lieu où on peut mettre le développement économique en lien avec la durabilité. Aujourd’hui les questions environnementales sont centrales dans les missions et les ambassades. On ne peut plus faire de politique sans avoir un regard sur la question environnementale.
    Réponse Maire Pierre : l’UNECE est un lieu très important pour la mise en œuvre et le multi-acteur. Elle organise bientôt un forum des maires. L’UNECE est une commission régionale des Nations Unies et permet dposer la question de ce qu’on peut faire sur le continent européen et en tant que continent de comment on communique avec les autres régions car elles n’ont pas toutes les mêmes questions et synergies.  

Vidéo

L’événement était diffusé en ligne sur facebook.

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